Bien que les Troubles du Spectre Autistique [TSA] soient fréquents, leurs causes ne sont pas encore entièrement clarifiées. Ainsi, l’excès de TSA observé chez les anciens prématurés n’est toujours pas expliqué. L’étude que publient C Crump et coll. dans le numéro de septembre de Pediatrics suggère qu’il s’agit plus que d’une association (1).
Cette étude de cohorte rétrospective tire sa force de la grande taille de sa population, les 4 061 795 singletons nés en Suède de 1973 à 2013 et ayant vécu plus d’une année, qui lui permet d’explorer l’association entre l’âge gestationnel [AG] et le risque de TSA.
Un diagnostic certain de TSA a été porté avant fin 2015 chez 58 404 sujets suivis jusqu’à l’âge médian de 21,5 ans.

Les anciens prématurés (AG < 37 sem.) ne représentent qu’une minorité des sujets souffrant de TSA, mais les TSA ont chez eux une prévalence de 2,1 % versus 1,4 % dans la population générale.
Association inverse entre l’AG et le risque de TSA
La prévalence des TSA décroît avec l’augmentation de l’AG. Elle est de 6,1 % de 22 à 27 sem., 2,6 % de 28 à 33 sem., 1,9 % de 34 à 36 sem., 1,6 % à 37-38 sem., et 1,4 % de 39 à 41 sem. Ainsi, les très grands prématurés (AG < 28 sem.) ont la plus forte prévalence de TSA, et les sujets nés « juste à terme » (AG : 37-38 sem.) ont une prévalence de TSA un peu supérieure aux sujets nés « tout à fait à terme ».

Il y a une association inverse entre l’AG et le risque de TSA, calculé dans des régressions de Poisson par référence à la prévalence des TSA à terme, avec ajustement par l’année et le rang de naissance, des antécédents familiaux de TSA, des caractéristiques maternelles, etc. Les Ratios de Prévalence ajustés [RPa] sont de 1,40 pour tous les prématurés (Intervalle de Confiance de 95 % [IC 95 %] : 1,36-1,45), 3,87 de 22 à 27 sem. (IC 95 % : 3,48-4,31) et 1,12 à 37-38 sem. (IC 95 % : 1,10-1,14).

Les risques de TSA sont un peu plus élevés chez les filles que chez les garçons (RPa respectifs : 1,53 vs 1,35 pour tous les prématurés ; 4,19 vs 3,72 de 22 à 27 sem. ; 1,16 vs 1,11 à 37-38 sem.).
L’association peut traduire un lien direct entre la prématurité et l’autisme ou résulter de facteurs familiaux (génétiques et environnementaux) qui induiraient un accouchement prématuré et un TSA. Une analyse de fratries n’étaye pas la seconde hypothèse : le ratio de prévalence ajusté des TSA ne diminue que de 1,40 à 1,32 pour l’ensemble des prématurés.
Faible impact des facteurs familiaux
Les auteurs estiment que 37,7 % et 83,7 % des cas de TSA affectant, respectivement, des prématurés (< 37 sem.) et des très grands prématurés (< 28 sem.) sont attribuables à la prématurité. Un processus inflammatoire touchant le fœtus, y compris le cerveau, pourrait faire le lien entre la prématurité et l’autisme.

Les éditorialistes discutent les mécanismes sous-jacents de la relation entre prématurité et autisme (2). Y a-t-il des lésions neuronales ? Est-ce que les cytokines inflammatoires jouent un rôle ? Ils soulignent aussi le risque de TSA chez les enfants peu prématurés (AG : 34 à 36 sem).

On retiendra de cette étude que les enfants prématurés et les enfants nés juste à terme présentent un risque accru de TSA et que l’association entre l’AG et le risque de TSA dépend peu de facteurs familiaux (un parent ou un frère/une sœur atteint de TSA), ce qui est en faveur d’un lien direct entre la prématurité et les TSA.
En pratique, les prématurés, surtout les très grands prématurés, ont besoin d’un bilan précoce et d’un suivi prolongé afin de détecter et de prendre en charge à temps des TSA.

 

Références
1. Crump C et al. Preterm or early birth and risk of autism. Pediatrics 2021 ; 148(3)e2020032300. Doi : 10.1542/peds.2020-032300
2. McGoWan EC, Sheinkopf SJ. Autism and preterm birth : clarifying risk and exploring mechanisms. Pediatrics 2021 ; 148(3)e2021051978. Doi : 10.1542/peds.2021-051978