C’est une belle étude qui vient d’être publiée le 25 octobre dernier dans la revue Britannique The Lancet. Elle montre avec beaucoup de rigueur qu’une intervention précoce, aidant notamment les parents à communiquer avec leur enfant –âgés de 2 à 4 ans- souffrant de troubles du spectre autistique, réduit la sévérité des troubles à long terme. Loin des polémiques franco-françaises, cet essai offre enfin à long terme une évaluation précise des effets d’une stratégie de prise en charge précoce et ouvre de nouvelles perspectives et de nouveaux espoirs. Les troubles autistiques concerneraient 1 % des naissances.

L’essai menée par les psychiatres de l’Université de Manchester,  de Newcastle et du King’s College of London a commencé en 2006. Tous les enfants ont été suivis ensuite pendant environ six ans après la fin du protocole expérimental. Au total, 121 enfants âgés de 2 à 4 ans, souffrant d’autisme, ont été répartis en deux groupes après tirage au sort : 59 ont bénéficié de l’intervention Pact (Preschool Autism Communication Trial) en plus de la prise en charge conventionnelle et  62 ont reçu le traitement classique.

En quoi consiste donc cette prise en charge précoce ? Elle est notamment basée sur le travail et l’implication des parents. En regardant des vidéos d’eux-mêmes en train d’interagir avec leurs enfants et en recevant en retour l’analyse et les conseils de thérapeutes, les parents ont appris à renforcer leur communication avec leurs enfants et à développer des comportements adaptés. Cela leur a permis de mieux les comprendre  et de réagir avec eux de manière plus adaptée. Les parents ont participé à 12 séances de thérapie pendant les six premiers mois, puis d’une séance par mois les six mois suivants. De surcroît, ils devaient chaque jour programmer 20 à 30 minutes de communication et de jeux avec leurs enfants.

La sévérité de l’autisme a été évaluée pour chaque enfant en utilisant des scores internationaux des symptômes (ADOS CSS) qui combinent une évaluation de la communication sociale et des comportements répétitifs et restreints, selon une échelle allant de 1 à 10 (10 étant le plus sévère). Au départ, les scores des enfants dans les deux groupes étaient équivalents (8 dans le groupe PACT et 7,9 dans le groupe standard).

Six ans après la prise en charge, le score moyen des enfants ayant bénéficié de l’intervention PACT était de 7,3 (et 46 % d’entre eux avaient des scores sévères) contre 7,8 pour ceux ayant eu le traitement habituel (dont 63 % avec des scores sévères). Cela correspond à une réduction de 17 % de la proportion des enfants ayant des troubles sévères dans le premier groupe par rapport à l’autre. Par ailleurs, les parents du groupe PACT ont rapporté une amélioration des relations avec leurs enfants et de leur communication sociale En revanche, il n’y a pas eu de différence entre les deux groupes en ce qui concerne le langage, l’anxiété ou la dépression.

Pour les auteurs, il est possible d’obtenir plusieurs années après, des changements soutenus dans les symptômes de l’autisme, avec une intervention précoce impliquant les parents. Bien sûr, tous les problèmes sont loin d’être réglés, mais il s’agit d’une avancée, évaluée dans des conditions expérimentales incontestables.

Dans un éditorial publié dans le même numéro du Lancet, Jeff Sigafoos et Hannah Waddington (Wellington, Nouvelle Zélande) saluent la qualité de ce travail et estiment qu’il s’agit d’une contribution majeure à la recherche sur l’autisme. Pourquoi ce type d’intervention impliquant les parents améliore-t-il certains symptômes ? Les éditorialistes suggèrent qu’une telle stratégie pourrait optimiser précocement la communication et les interactions entre enfants et parents, qui se maintiendraient ensuite. Une autre hypothèse serait qu’une intervention précoce stimule le développement neurologique et contribue à normaliser l’activité cérébrale.

Il faut souligner que la recherche sur les troubles autistiques manque cruellement d’études à long terme comme celle-ci, qui sont indispensables pour améliorer les stratégies de prise en charge des enfants, loin des controverses françaises stériles et idéologiques.

Référence

Pickles A et coll. : Long-term symptom reduction following a randomised controlled trial of preschool autism treatment. Lancet 2016 ; Publication en ligne le 25 octobre 2016.