Alors que le DSM-5 (réalisé sous l’égide de l’American Psychiatric Association) est déjà disponible, l’autre grande classification de référence, la CIM-11 (émanant de l’Organisation Mondiale de la Santé) sera normalement finalisée avant 2016, pour être soumise à l’approbation de l’Assemblée Générale de l’OMS ultérieurement, et publiée vers 2017. Le processus de révision de la CIM-10 est « coordonné par un groupe international d’experts d’une douzaine de pays différents », explique Charles Pull, un professeur de psychiatrie exerçant au Luxembourg et membre fondateur de l’Association Européenne de Psychiatrie [1]. Notons que quatre sites de psychiatres francophones collaborent à cette révision : Casablanca (Maroc), Genève (Suisse), Lille (France) et Montréal (Canada), ce qui doit être salué à une époque où la place des écrits psychiatriques (et plus généralement de la culture) en langue française dans le monde ont régressé. L’auteur évoque les analogies et les différences entre ces deux classifications (rivales ou complémentaires ?) et estime évidemment « prématuré de vouloir les comparer tant que la CIM-11 n’est pas publiée. »

Mais déjà, il semble acquis qu’elles « comporteront de nombreux changements communs », comme « l’importance accordée à des approches dimensionnelles » (un reproche classique fait à la CIM était justement de ne pas reprendre le système des « axes » où s’articulent les troubles dans le DSM), et la nouvelle « métastructure » de la CIM-11. En l’occurrence, un regroupement des troubles mentaux en une vingtaine de chapitres, alors que le chapitre F de la CIM-10, consacré aux troubles mentaux et du comportement, était subdivisé en sections, numérotées de F00–F09 (troubles mentaux organiques) à F90–F98 (troubles du comportement ou émotionnels apparaissant habituellement dans l’enfance et l’adolescence).

Il est aussi prévu que la  CIM-11 consacre l’introduction de nouveaux troubles, non inclus dans la CIM-10. L’auteur cite deux exemples : « un trouble de stress post-traumatique complexe et une catégorie appelée deuil prolongé. » Il est toutefois prévisible qu’en convergeant ainsi vers le DSM, cette nouvelle mouture de la CIM suscitera les mêmes critiques que le manuel américain, notamment de la part des psychiatres et des psychologues cliniciens se référant à la psychanalyse : tendance au disease mongering[2] pour inciter aux prescriptions médicamenteuses, mépris des structures et de tout « fil d’Ariane » en forme de conception théorique…

[1] http://www.europsy.net/
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Disease_mongering

Dr Alain Cohen