Paris, le mardi 7 décembre 2021 – Le monde entier célébrait vendredi la journée mondiale du handicap. Cette manifestation a été l’occasion en France de signaler la crise profonde que traverse le secteur médico-social. Cette dernière a notamment été sévèrement décrite il y a quelques semaines dans le Journal du Dimanche par Arnaud de Broca, président du Collectif Handicaps qui réunit 47 associations. Il dénonçait ainsi : « À grand renfort de campagnes de communication, le gouvernement affirme que les personnes handicapées sont des personnes comme les autres. Une évidence qu’il ne respecte pourtant pas dans l’élaboration des politiques publiques de droit commun, comme le lui a rappelé en septembre le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies. La séquence du Ségur de la santé en est une parfaite illustration. Au moment même des premières annonces qui revalorisaient les professionnels soignants hormis ceux exerçant dans les lieux de vie des personnes handicapées (établissement et domicile), le mal était fait. De manière inéluctable, cela a dégradé la qualité de l’accompagnement et affaibli, encore plus, un secteur déjà miné par un réel manque d’attractivité. Les recrutements sont devenus quasiment impossibles dans de nombreux métiers et les départs volontaires de personnels se multiplient. À certains endroits, la continuité des soins et la qualité des accompagnements ne sont plus garanties » assure-t-il.

Un accès aux soins entravé

De fait, près des trois quarts des établissements du secteur sanitaire, social et médico-social privé à but non lucratif connaissent des difficultés de recrutement et ceux spécifiquement dédiés aux personnes handicapées sont particulièrement touchés. D’ailleurs pour manifester tant leur immense lassitude que leur inquiétude, les salariés de ces structures étaient en grève la semaine dernière et le sont de nouveau aujourd’hui à l’appel de la CFDT. Parallèlement à cette situation critique dans les structures, la journée a également été l’occasion de mettre en lumière les difficultés d’accès aux soins des personnes handicapées. L’association CoActis Santé a ainsi rappelé les résultats du baromètre Handifaction réalisé du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021 et auquel 72 198 personnes en situation de handicap ont participé. Cette enquête révèle que 20 % des personnes en situation de handicap indiquent ne pas avoir pu être soignées et parmi elles 11 % ont fini par renoncer. Il apparaît encore que 56 % des personnes en fauteuil roulant n’ont pas accès à des soins dentaires et que seules 40 % des femmes déclarant des limitations cognitives bénéficient de soins gynécologiques. Parmi les freins identifiés par CoActis Santé, cette dernière met notamment l’accent sur les difficultés de compréhension et propose donc des outils destinés à faciliter la communication entre les professionnels de santé et les personnes en situation de handicap.

Spécificités françaises

D’autres obstacles avaient été évoqués dans un récent rapport de l’Institut de recherche et documentation en économie de santé. Tout en constatant qu’à la différence de la littérature anglosaxonne, la littérature française comporte peu d’études sur cette question de l’accès aux soins des personnes handicapées, l’IRDES confirmait des recours moindres concernant différents soins courants, mais aussi certains actes de prévention et de dépistage et concluait : « Parmi les obstacles identifiés dans l’ensemble de cette littérature, on peut mentionner les suivants : problèmes d’expression des besoins de santé et non-reconnaissance du besoin de santé tant par la personne handicapée que par le professionnel de santé ; problème de transport ; problèmes d’accessibilité physique au cabinet médical ; inadaptation des moyens matériels à la consultation ; méconnaissance du handicap par les professionnels de santé ; discrimination consciente et inconsciente… ». De son côté, la Haute autorité de Santé signalait une spécificité française fréquemment épinglée : « Les cloisonnements propres à la société française entre les secteurs sanitaire et médico-social constituent également un obstacle à l’accès aux soins de base, en termes de coordination mais également d’offre de soins sur un territoire donné».

Fléau mondial

Mais évidemment, le difficile accès aux soins des personnes handicapées est loin d’être l’apanage de la France et partout dans le monde, ces dernières pâtissent de prises en charge dégradées. Ainsi, l’UNICEF rappelait-elle vendredi que les enfants handicapés sont « 24 % moins susceptibles de bénéficier d’une stimulation précoce et de soins adaptés».


Aurélie Haroche